mardi 11 septembre 2007

VUE AÉRIENNE





Longtemps j’ai eu de Madagascar une image toute mentale, directement sortie de notre programme de géographie de sixième, et même encore maintenant quand je visualise de tête, les yeux fermés, le corps de l’île : celle d’une île-continent d’un seul tenant, massif, plaque tellurique demi-basculée lors de de sa séparation d’avec la plaque africaine, et qui se présente comme de biais, avec d’un côté à l’est, un haut rebord abrupt que je vois crénelé, accidenté comme un rempart et, de l’autre, vers l’ouest une déclivité douce et régulière descendant jusqu’à la mer, jusqu’au glissement silencieux sous les eaux dans le canal du Mozambique. C’est cette image même qui m’est venue, revenue donc plutôt, le jour d’avril 1980 où j’appris que le Ministère de la Coopération me proposait un poste à Tananarive et qu’éperdu, encore émotionné par la nouvelle, je cherchais, pour me rendre compte, des repères et des références. Dans le cadre étroit qui était le mien à ce moment, je ne dégotai qu’une vague et sommaire encyclopédie qui m’offrit tout de même une petite photo des plateaux malgaches aux environs de Tananarive où la verdure littéralement chatoyait et ce fut tout… L’image intérieure, mais presque aussi belle et nette et parlante que ces diagrammes colorés et mouvants et toutes les possibles reconstitutions assistées par ordinateur que l’on réalise de nos jours, me livrait l’étendue et la soumettait à la vue aérienne de ma pensée ; elle me donnait un sentiment de maîtrise et d’évidence. L’image du livre qui me faisait toucher terre et humer les feuillages en leur verte croissance vint s’unir à l’image interne et lui ajouta l’idée même, plénière et sensible, de « fraîche luxuriance ». Cette conjonction me stimula et me convainquit d’emblée, je le pense : l’appel d’un monde encore inconnu, mais si clair dans l’esprit et déjà sensible au cœur, me donnait l’envie de connaître le pays réel. Je me décidai donc très vite et cette décision infléchit de façon décisive, je puis le dire aujourd’hui, le cours de ma vie.

17 décembre 2003 et 29 octobre 2005

1 commentaire:

Blackfoot a dit…

Mon RV austral avec l'Ile Rouge fut tout aussi inattendu,survenu dans une vie qu'on pouvait croire écrite et qui s'est trouvée relancée avec
une force neuve.
Le jour où je devins propriétaire d'un zébu en adhérant à la Zebu Overseas Bank -ZOB - et le 9 septembre
2007,en m'embarquant sur Air Madagascar,au bord du désespoir,je ne pensais pas retrouver si loin, le goût de la vie et de moi-même.
J'ai vu vos cartes et vos commentaires.J'en ai fait qui leur ressemblent.Boulevard de la misère à Tana, abondance et verdure des
Hautes-Terres, splendeur du Sud sec et altier.Les Portes du Sud
avant Ihosy,,les alizés de Fort-Dauphin,la rade de Diégo ,mouillage fantômatique,tout cela
colore et redessine le chemin de la vie . Le retour au"Meilleur des mondes " est ,à chaque voyage, un peu plus dur, autrement.
Mais depuis février,Mada est un navire en détresse,sans équipage,et surtout sans capitaine.
Je pense à la fin de "Tamango".
Mon projet d'une vie partagée s'effrite ....Mais l'espoir est encore là, exigeant .