mercredi 19 septembre 2007

TRISTAN CORBIÈRE

Tristan Corbière (1845-1875), né et mort à Morlaix (Finistère) — malade très jeune, passe la plus grande partie de sa courte vie à Roscoff, petite station balnéaire proche de Morlaix — meurt dans sa trentième année après une brève passion amoureuse qui le conduit à Paris où il publie en 1873 Les Amours jaunes dans l'indifférence la plus générale — découvert par Verlaine dans Les Poètes maudits — reste malgré tout le dernier "maudit" —

Tristan Corbière / centenaire / commémoration ?
/ de quoi mémoire garder ? /
/ je te nomme et te nommant, j'ai l'illusion de t'exhumer, évanescent, proche les mots / pourtant le "je" qui, ici, vaticine est tout aussi fuyant que le "moi" mort il y a un siècle déjà / deux corps parlants-parlés, décentrés qui ne pourront jamais coïncider dans le lieu d'une rencontre / deux corps prolongés outre-mort par la parole qui les traverse et déporte /

/ que puis-je prétendre réactiver ? /

/ je célèbre cette année avec des milliers d'autres le centenaire d'un nom évidé / il sonne à mes oreilles comme le coquillage où l'on entend le flux / ton corps ? — un corpus : ton texte / tissu tissé de toi / trame, réseau, navette, accrocs (raccrocs, comme tu disais, souvent calculés avec la rouerie artiste de qui sait "rater" avec art) / ton texte appelle l'acuité de mon regard, la fluidité de ma voix, l'amplitude de mon souffle, la disponibilité de mes sens / toutefois il exclut désormais tout ce qui lui est autre : toi en l'occurrence / perte non remboursable, manque radical / seul compte le texte comme itinéraire / toute écriture est transpersonnelle / elle ne confesse pas, elle ne reflète pas, elle "transmet" / tu le savais / tu n'as pas hésité à t'y perdre sans esprit de retour / sans faux espoir / sans regret /

/ corps écrit / je puis toujours lire et relire jusqu'à exténuation /

(Tunis, le 11 avril 1975)

(Je m'aperçois quelques jours plus tard que le texte ci-dessus est lui aussi transpersonnel : il peut quasiment s'écrire du rapport de n'importe quel lecteur avec un auteur mort dont le texte le fascine. Il aurait pu s'écrire aussi bien de Rainer-Maria Rilke dont on fête cette année le centenaire de la naissance.)

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