dimanche 9 septembre 2007

DU PUR ÉTONNEMENT



pour Maurice Couquiaud, en attentif hommage

L’étonnement est une manière de réponse — abrupte, sans pourquoi — à la question ontologique telle que la formule Leibniz : “Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?”. L’étant, connu comme tel, sidère et cette éclatante soudaineté est celle-même de l’être. Ce dernier en effet n’existe pas sur le mode de l’en-soi — essence ou monolithe — mais comme ce qui permet à l’étant de nous apparaître, comme la lumière ou plutôt l’éclairage — parfois rasant, frisant, oblique parfois foudroyant — qui nous révèle ce qui est tel que c’est au point que nous en sommes saisis.

S’étonner c’est donc venir dans l’éclairement de l’être. Entrer dans la lumière non y demeurer. Il s’agit d’une perpétuelle venue — de la venance — non d’un état de choses, d’un état des choses. D’une “disposition” plutôt — au sens psychologique, au sens intime et cosmique de la psyché — qui, parce qu’elle affecte même les choses, rend possible l’apparition comme telle.

Un angle prend du mordant, une perspective inouïe qui décape le paraître le (re)déploie en apparaître… Ce peut être le fruit inspirant-inspiré d’une vision qui démarre — une image des sens, une inventive synesthésie —, d’un son toujours-déjà signifiant et en appelant au sens — rime et raison —, d’une pensée neuve ou d’un désir absolu qui se font image, formule, idée… L’étonnement n’a pas de lieu, il est le lieu.

Ainsi un pur “sans-pourquoi” est la réponse à l’essentiel “pourquoi” — une réponse indéfiniment “poïétisante” ne cesse de rouvrir la question à la fois poétique et métaphysique.

le 15 / 4 / 1998

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