
Mon premier séjour à La Réunion fut presque impromptu. Notre première année universitaire à l’École Normale Niveau III de Tananarive, commencée fin septembre 1980, à notre arrivée, fut très brève et peu chargée : nous n’avions, pour l’heure, qu’une promotion, entrante… Et cours comme examens furent bouclés pour fin mars. La situation sociale sur place était agitée en raison d’émeutes sporadiques (bien sûr téléguidées, mais par qui ?), accompagnées du pillage (rituel) des magasins indo pakistanais et, dès février, nous vécûmes sous le régime d’un couvre feu qui se perpétua jusqu’en juin, avec des atténuations progressives. Les pénuries battaient leur plein : il n’y avait pratiquement rien sur les rayons de ce qui s’appelait encore supermarché et à peine plus sur le marché : il fallait aller faire ses courses d’épicerie …à La Réunion, par exemple. Une fois l’année académique terminée l’on s’empressa de nous envoyer en congé, l’année suivante devant commencer dès le mois de juillet ! C’est ainsi que je débarquai à Orly deux jours après l’élection de François Mitterrand à la Présidence et mon séjour en métropole coïncida avec le changement de régime et une belle poussée d’optimisme rose bonbon. Une fois de retour à Tana, la date de la nouvelle rentrée s’avéra plus problématique qu’on ne l’avait dit et, quand nous comprîmes que, de fait, elle n’aurait pas lieu avant septembre voire octobre, nous envisageâmes de nouveaux petits voyages afin d’échapper à l’entonnoir oppressant qu’était Tananarive en ces jours d’incertitude. C’est ainsi, que profitant de l’invitation d’un ancien condisciple de classe prépa, en poste à La Réunion, j’y vins pour une quinzaine en août 1981. Éblouissement et touffeur furent mes impressions initiales et très fortes. Pourtant l’on était en hiver mais je n’étais pas encore tropicalisé. Cette terre me saisit à la gorge avec sa luxuriance verdoyante jusque sur des monts qui m’inspirèrent tout de suite, et une sorte d’exubérance, vitale mais très calme en même temps, sensible un peu partout. Avec aussi son envers, son revers : lors de ce premier séjour, une après midi, alors que j’attendais l’ami qui m’hébergeait et dont le bureau jouxtait le Jardin de l’État, jardin d’agrément et jardin botanique au cœur de Saint-Denis, je fus pris soudain, assis dans ce jardin bras ballants, devant le spectacle uniforme, obsédant, écœurant de cette terre noire, lourde et indéfinissable d’une sorte de découragement universel qui me fit soudain me demander avec vertige pourquoi j’étais là plutôt qu’ailleurs, en ce bout du monde, en cette fin de tout où j’étais seul, sans perspective et où je n’avais rien à faire… Mais : “Ce n’est rien : j’y suis ! j’y suis toujours.”
18 décembre 2003
18 décembre 2003
1 commentaire:
Belle évocation d' une découverte, émouvante pour quelqu' un qui, justement, arrive !
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