L'homme est et n'est pas la mesure du paysage. Ce dernier semble d'abord familier : on l'a sous les yeux, sous la main. On en peut nommer les choses une à une et les lieux : paysage marin de la Bretagne du Nord.
L'on dit ainsi : mon herbe, cyprès et "coupe-vent", Pointe du Château, Sept Iles, chaussée des Renauds. L'on n'est pas surpris par les métamorphoses atmosphériques, les variations subtiles de la lumière. Pourtant le vent, lui, vient de plus loin, il rôde et approprie le pays, le paysage au souffle de l'ailleurs. Et l'autre vient aussi du cœur du proche, de l'ordinaire des heures : l'autre apparaît dans l'éclaircie. Qui creuse sur place une lacune, un vide en tout ce qui est. Qui ouvre en un moment exceptionnel de révélation et d'équilibre — où les choses se redisposent dans leurs volumes et leurs couleurs — une correspondance inédite rappelant sur le mode du regret le mouvement initial, initiateur du premier contact — toujours déjà perdu — avec le monde. Avec quoi le silence et l'exigence d'une extrême aération des mots et des phrases : le texte se fait le recueil de touches, bribes, traces et n'a pas l'outrecuidance de prétendre coïncider avec son pré-texte. Mais le sentiment d'équilibre lié au silence est précieux : il permet de lire à même la réalité le jeu des forces engagées dans la seule présence des éléments terrestres. Combat presque immobile d'adversaires arc-boutés, résistance et équilibre une fois encore mais inhumain. Stabilité sans humilité de la Terre, surplomb abrupt du Ciel, mouvance errante et dépaysante du vent et de l'Océan. Et l'homme serait sans doute, de toutes parts, excédé voire annihilé par ce qui le dépasse s'il n'y avait le partage.
Le pays, le paysage se crée dans et par le partage, dans un habiter ensemble : un habiter de peu de paroles où les mots sont les gestes du corps qui inscrivent la relation humaine dans le temps — dans la lenteur — et dans l'espace quotidien. L'accueil, la reconnaissance de l'autre se font en une accommodation réciproque des gestes, en un échange signifiant et concret de regards : sur le fond de "l'inconnu familier" (qui demeure inconnu bien que reconnu) peut éclore le sourire qui est bien le seul rayon humain comparable au soleil. A ce soleil dont l'éclairement est l'assomption du pays comme de ses habitants sortant enfin de l'Hiver et entrant dans la connivence active d'un bien-être commun. En Bretagne, sans doute plus qu'en des contrées bénéficiant d'une insolation plus intense, le Soleil reste le sourire complice de l'être.
( Editions Wigwam, Rennes, 1993)
L'on dit ainsi : mon herbe, cyprès et "coupe-vent", Pointe du Château, Sept Iles, chaussée des Renauds. L'on n'est pas surpris par les métamorphoses atmosphériques, les variations subtiles de la lumière. Pourtant le vent, lui, vient de plus loin, il rôde et approprie le pays, le paysage au souffle de l'ailleurs. Et l'autre vient aussi du cœur du proche, de l'ordinaire des heures : l'autre apparaît dans l'éclaircie. Qui creuse sur place une lacune, un vide en tout ce qui est. Qui ouvre en un moment exceptionnel de révélation et d'équilibre — où les choses se redisposent dans leurs volumes et leurs couleurs — une correspondance inédite rappelant sur le mode du regret le mouvement initial, initiateur du premier contact — toujours déjà perdu — avec le monde. Avec quoi le silence et l'exigence d'une extrême aération des mots et des phrases : le texte se fait le recueil de touches, bribes, traces et n'a pas l'outrecuidance de prétendre coïncider avec son pré-texte. Mais le sentiment d'équilibre lié au silence est précieux : il permet de lire à même la réalité le jeu des forces engagées dans la seule présence des éléments terrestres. Combat presque immobile d'adversaires arc-boutés, résistance et équilibre une fois encore mais inhumain. Stabilité sans humilité de la Terre, surplomb abrupt du Ciel, mouvance errante et dépaysante du vent et de l'Océan. Et l'homme serait sans doute, de toutes parts, excédé voire annihilé par ce qui le dépasse s'il n'y avait le partage.
Le pays, le paysage se crée dans et par le partage, dans un habiter ensemble : un habiter de peu de paroles où les mots sont les gestes du corps qui inscrivent la relation humaine dans le temps — dans la lenteur — et dans l'espace quotidien. L'accueil, la reconnaissance de l'autre se font en une accommodation réciproque des gestes, en un échange signifiant et concret de regards : sur le fond de "l'inconnu familier" (qui demeure inconnu bien que reconnu) peut éclore le sourire qui est bien le seul rayon humain comparable au soleil. A ce soleil dont l'éclairement est l'assomption du pays comme de ses habitants sortant enfin de l'Hiver et entrant dans la connivence active d'un bien-être commun. En Bretagne, sans doute plus qu'en des contrées bénéficiant d'une insolation plus intense, le Soleil reste le sourire complice de l'être.
( Editions Wigwam, Rennes, 1993)
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