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lundi 29 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (4)



Vanité

(collage)


on ne peut pas
mourir avec de pareils
yeux etc…

siècle pierre tombeau

— je n’ose
soutenir ce regard
plein de futur

__________________
tirer la ligne finale, et calme
du lourd tombeau

(Extraits du Tombeau d’Anatole de Mallarmé)

lundi 22 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (3)




Danse macabre

Propos d’esthète


L’on déposa les os
à l’entrée des latrines —

de forts tibias de bœufs
avec d’énormes rotules
le cartilage — sanglant —
en était inégalement raboté

haltères — en esprit —
pour un athlète nu
se soumettant le sordide.

mardi 9 octobre 2007

VANITÉS (3)









Note bien sur ton livre les chiffres, les signes et les mots,
en colonnes serrées, solennelles, sommées.
Les bilans et les titres, traités, contrats
et cartels, actes, baux et procès-verbaux.
Enfle les pages, rimes et raisons ! Nota bene.

Souviens-toi des vies, des instants et des
gens, des rencontres, des attentes et
des pas, des rendez‑vous manqués, de
tes errances et errements.
Du temps vécu, du temps perdu
fais‑toi une raison ! Memento.

La fin couronne l’œuvre. C’est un rayon oblique
qui inscrit ce crâne oblong et gris dans le
triangle d’une lumière monochrome.
Suprême argument, il dessine une dernière
raison sur l’indifférence sans appel du fond.
Finis coronat opus !

dimanche 16 septembre 2007

VANITÉS (2)



Ripe sur la page l’ivoire des dents,
le crâne vide va sa pente déclive,
celle du grand livre ouvert
bombant ses feuillets,
celle du violon diagonal et
de son archet, celle de la plume
posée ou lâchée. Illisible le texte de
l’in-folio aux larges marges annotées.
Inaudible la musique peinte, déjà éteinte.

Du hanap, couronné d’une victoire
ou d’un éphèbe d’or, à la coupe renversée
et au bougeoir soufflé, encore fumant, c’est tout un.
Un vent oblique emporte l’ultime volute de fumée.
Éventrée sur ses rouages qui machinent le temps,
une montre attend la clef du remontoir.
L’encrier a versé, l’étui est vide.

L’âme s’est réfugiée dans la couleur.
Monochrome — elle attiédit l’argent, le cuivre,
l’or terne, les tons du papier, du bois, de l’ivoire
— elle module fond et formes en une vibration
qui lie les extrêmes. Quand la nuance fait chanter l’un.


mercredi 12 septembre 2007

VANITÉS (1)



Ce ne sont pas des yeux qui nous
fixent — deux orbites arrondies,
vides et exactes. C’est la matière
sèche et patinée du masque
sous la chair — le creux comptable
de notre néant. Ce crâne tient
à sénestre le sable du temps,
à dextre la fleur qui florit.

En leur stricte géométrie, le bois,
le verre, les deux vases symétriques
du sablier ne cessent de détailler
ce qui fuit et s’accumule en pure
perte. Flamme tranquille, une
tulipe sang et or, se haussant
sur sa tige hors de sa sphère
vitrée, fait dominer un feu de
vie et de paix qui doucement respire.

Sur le plus noir des fonds,
en guise de sévère ex‑voto,
tulipe et sablier, sablier et tulipe
encadrent notre plus sûr témoin,
et le plus dur — mais le fond laisse être la fleur.