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lundi 19 novembre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (5)




Jean de Maisonseul
i. m.


Aveugle accroupi


Accroupi
— seulement à demi :
un genou en terre
et l’autre levé —
il fait face

Une bure l’enveloppe
et drape ses membres —
une seule main
à la fourche
repose

La force monte
du corps massif et un
vers le visage
qu’elle oblitère

Aveugle —
il n’a pas besoin
des yeux.

lundi 29 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (4)



Vanité

(collage)


on ne peut pas
mourir avec de pareils
yeux etc…

siècle pierre tombeau

— je n’ose
soutenir ce regard
plein de futur

__________________
tirer la ligne finale, et calme
du lourd tombeau

(Extraits du Tombeau d’Anatole de Mallarmé)

lundi 22 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (3)




Danse macabre

Propos d’esthète


L’on déposa les os
à l’entrée des latrines —

de forts tibias de bœufs
avec d’énormes rotules
le cartilage — sanglant —
en était inégalement raboté

haltères — en esprit —
pour un athlète nu
se soumettant le sordide.

mardi 16 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (2)




Perrault en corps
ou le cru et le cuit


Paroles d’ogre


Un petit serpent
pour l’oreille
et un cornet plein
de poison —

Pour la bouche
un beau crapaud
et un petit pot
de beurre —

Un fumet cannibale
et le nez
s’épate à l’odeur
de la sauce Robert —

Vertiges, prodiges et ordures
pour les yeux
— couverts de croûtes
et chassieux —

Mais la chair est fraîche
et jeune et tendre
sous la peau rance
qui l’enrobe —

Sorcières et sortilèges
et tours de fées
ne cessent de nous dérober
des spectacles le plus pâmant :

une Belle qui saigne et geigne
un Prince qui ahane, lame
et brame sa flamme.

lundi 15 octobre 2007

MES POISONS & DEUX ANTIDOTES (1)



Certaines fois c’est comme si la source de l’inspiration s’aigrissait et le poème naît, empesté, vénéneux, pervers ou seulement complaisant… L’envers affleure du discours convenu et convenable, du “poétiquement correct”, et se dévoile une matière corrompue qui reste habituellement enfouie, dérobée, refoulée. Mais moins qu’un défoulement, qu’un exutoire préparant le retour au lyrisme, il ne s’agit que d’un grincement ou d’un ricanement, passagers : ce “cynisme” installe le malaise et ne laisse rien intact excepté peut être, par-delà le thème de la mort, lui aussi galvaudé, le simple et la souffrance sur lesquels nul mot ne saurait mordre.

L’aigre plainte du scribe

Vivre petite vie
en la caverne aux livres
— murs striés
sériés pressés —

Vivre étroite et coite vie
dans le cloître des livres
— rangés compulsés oubliés —

Nourrir benoîte mort
entre ces minuscules tombeaux
— triés dressés émaciés —

Vie non vie —