jeudi 22 novembre 2007

SOUS-CONVERSATION



À la librairie. Sous des rayons clairs et bien rangés, devant une table basse servant à l’exposition d’ouvrages, en un lieu qui faisait penser à une petite place au carrefour de plusieurs rues, conversation entre une vendeuse, brune, assez jolie, plutôt grande et élancée (trente, trente-cinq ans), et une cliente de sa connaissance (même âge), un peu plus petite et charnue. L’échange évoquait le mari de la vendeuse brune dont cette dernière venait juste de dire qu’il avait fait grève la veille (enseignant ? fonctionnaire ?). Elle soulignait avec une réelle vigueur dans l’intonation l’aspect irrationnel, passionnel, mais irréductible et plutôt brutal, de certaines prises de position tranchées compliquant une situation, de fait, déjà problématique. J’ai pensé qu’elle faisait allusion à la grève et à tout le mouvement social environnant. L’autre, la cliente, mit alors très maladroitement en avant, sur le mode de l’objection mais en s’y prenant à plusieurs reprises sans vraiment progresser sur la voie de la clarté, le fait que la femme qui parlait n’était pas « du milieu ». Celle-ci tiqua devant la formule comme si le terme était employé de façon péjorative ou impropre… En fait je n’ai rien appris ni compris du propos exact, anecdotique, ce que j’ai retenu et absorbé — et que je m’efforce de restituer ici — c’est une tonalité, une thématique, une atmosphère dont la perception avait tout de même quelque chose d’évident. Ainsi, l’on peut saisir la tessiture affective et même intellective d’une conversation, d’un échange verbal sans en connaître le sujet et l’on saurait en mimer et rejouer sans équivoque l’expression pure. À suivre…

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